La discussion tourne un peu à vide, la discussion comme alibi, comme occupation du terrain, on tente le couplet politique, ça se passe moyen, les vagues de. On sonne, ça sonne, je sens que je bave, oreiller, je suis au lit. Le réveil de plus en plus agressif tendre la main frapper deux fois, le mystère des chats peintres, ça se coupe enfin. La chambre dans la pénombre, Batman me jauge, me juge, vertical héros vigilante nib comme pouvoir mais la peur. Je suis celui qui est. Ceux qui font un mauvais usage de leur corps, de leur parole, de leur esprit, qui insultent les justes, qui sont faux et qui agissent en conséquence, après la mort, alors que leur corps se scindera, ils renaîtront sur une mauvaise route, pour la déchéance, la ruine, la souffrance. Vu l'heure et le réveil repoussé 3 fois, je suis en retard. En bas, on s'affaire, on déjeune, on tente de discuter malgré la radio qui hurle. Filer directement à la salle d'eau, la douche, j'entends le son long d'un violon à 3 cordes couvrant complètement l'eau qui coule et la radio d'information. Je trébuche, m'écroule, heurte du coude l'émail, tente de me relever et me cogne la tête au lavabo, je glisse à nouveau, regarde le sang qui coule dans le siphon. Si vous avez souffert, c'est juste que vous avez oublié que vous êtes une fleur, une feuille. Dans la cuisine, tout le monde est brouillé, les visages masqués comme dans une émission de télé à scandale, les voix insectoides, Dora l'exploratrice est une droguée, j'imagine que Una, Anne me sourit vaguement, mais impossible de discerner ses traits, la nature de tout phénomène, de toute apparence, est semblable au reflet de la lune sur l'eau. Son du violon, encore, que j'imagine implacablement à trois cordes. Je mastique mes céréales, personne ne me parle, les visages toujours dans le flou, un sifflement aigu à la moindre prise de parole, seule la radio est parfaitement, cohérente, mais ses messages ne sont visiblement pas destinés à des êtres humains. Pas facile cet exercice de blog, devoir toujours m'en tenir à la stricte vérité, dans la plus pure tradition de l'écriture vérité, sans. S'il y a un remède, à quoi bon le mécontentement? S'il n'y a pas de remède, à quoi bon le mécontentement ? Alors je me met à gamberger devant mon jus d'orange, à une autre vie, au canal, à un mariage qui tourne bien, à la vérité, à l'amitié comme seconde voie. Au barbu qui me regarde en souriant, au Dojo et à une nouvelle forme de combat, à la tête d'éléphant posée sur le tatami devant le livre ouvert. Je regarde la pendule, trop tard pour l'UV de philo, je baisse la tête, le temps se dilate. Le violon sonne en notes monotones couvrant les zozotements baveux des parents. Una, Anne porte une salopette, maman déploie sa langue et lape à même le pot de miel, père n'est plus qu'un clignotement stroboscopique. Je me redresse d'un coup, trop vite, ça tourne, mes oreilles bourdonnent, perte de l'équilibre, l'essence de la réalité est mouvement. Epilepsie. Les insectes se penchent sur moi en souriant, leurs visages enfin. Ils parlent en langues, glossolalie, intraveineuse psychique, pleurer et pisser avant la perte de conscience.

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J'ai eu une vision, un tigre mangeur d'homme marchait avec moi au bord du canal, les lumières roses et bleues dans le canal, le tigre avait sans doute déjà mangé car il ne semblait pas agressif, il me précédait de quelques pas, c'est tout. Je portais mon bonnet avec les oreilles de chats, mes mitaines, le badge blanc, sans doute un manteau long, mais ça n'est plus très clair. Le vent soufflait très fort. Nous parlions religion avec le tigre, il me parlait du dieu à la tête d'éléphant, me dit que s'il mangeait la divinité alors la divinité passerait en lui. Je répondais, heureusement tu ne manges pas les dieux mais les hommes. Ca le fit rire. Rire orange avec des rayures. Il commençait peut-être à avoir faim. Le vent était très fort et une petite brume sur le canal a masqué le tigre un moment. Puis je fus seul au bord de l'eau et bizarrement c'est là que je commençais à m'inquiéter. Dans le ciel les dirigeables des milices utopistes se balançaient mollement, je devais rentrer. Rentrer chez moi enfin.

tu abuses des adverbes et du passé simple et pourquoi pas des dialogues tant que tu y es mais j'ai si froid oh moi aussi me plains-je non sans doute pas mais je ne suis qu'un homme et je ne suis même pas sur de qui vous êtes il y a quelques secondes j'étais dans une chambre d'hôtel à compter les disques étalés par terre et maintenant le tigre et la voix dans le ciel le canal et mollement les dirigeables utopistes et je suis là à dormir depuis deux jours et je m'imagine que les gens de l'hôtel ont oubliés des disques mais surtout du chocolat manque de sérotonine sans doute alors je compense en me vautrant dans une inaction crasse alors je me demande ce qu'il se serait passé si les tourguenistes il y a dix ans avaient survécus si chaque individu plutôt que de poursuivre une gloire personnelle sans doute méritée avait continué à fomenter son petit jardin de chaos sa parcelle de franche entropie à interagir avec la réalité la hackant petit à petit en cercles concentriques scannant tous ses ports les uns après les autres trouvant les brèches une à une petit cafard vicieux rampant chahutant tranquillement les bases de l'établi du parfaitement normal du tout à fait cohérent et du juste comme il faut ce qu'il se serait passé si d'une simple blague potache on avait fait un truc un petit peu plus dangereux comme si on se promenait avec un tigre à discuter théologie au bord du canal de l'Ourcq voilà ce que je me disais ce soir là dans la chambre d'hôtel classant les disques oubliés bouffant les chocolats suisses du père Hoffman peut-être que la vie serait plus douce pour tout le monde et le tigre me sourit et je souris en retour

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